Lectures philosophantes

Lectures philosophantes

samedi 10 mai 2008

Projets - Cours de philosophie à l'UniPop, année 2008/2009

Cours n° 1 : Le désir attrapé par la queue, 2/4 : la loi du manque.


Après avoir identifié les ambiguités de l'expérience du désir, le cours de cette année s'attardera sur un vecteur essentiel du désir, en l'occurence le manque.

Et en effet, qu'est-ce que désirer si ce n'est vouloir ce que l'on n'a pas ou ce que l'on n'est pas. Désirer, est-ce alors vouloir ce qui nous manque? D'où cet impossible paradoxe: lorsque tu n'es pas là, j'espère tant te revoir et te désire d'autant plus; mais lorsque tu es enfin là, mon désir s'estompe d'être ainsi comblé et je m'ennuie.


Bibliographie:

Platon, le Banquet, trad° Jacottet, éd° Livre de Poche.

Descartes, Traité des passions de l'âme, éd° GF-Flammarion.



(Ce cours fait suite à celui de l'année 2007/2008 et peut être complété par Cinéma et philosophie: malaise dans le désir)





Cours n° 2: 13 séances durant l'année en novembre, janvier, mars et mai. Calendrier à définir avec l'Odyssée. Cours d'introduction le 07/10/08

Cinéma et philosophie: malaise dans le désir.

En collaboration avec le cinéma l'Odyssée.



Reprenant les principaux concepts mis en évidence l'année précédente (l'ardeur, l'appétit, la concupiscence, la pulsion), ce cours entend confronter les concepts de la philosophie avec les images du cinéma.

Suite à la projection d'un film, l'analyse précise de séquences de film à l'aide de concepts philosophiques pourra montrer combien philosophie et cinéma font la noce.

La programmation, en partenariat avec l'Odyssée, sera disponible courant octobre. Date et lieu des cours à consulter sur le blog.

Ce cours peut être complété par Le désir attrapé par la queue 2/4

mardi 6 mai 2008

Synopsis du cours du 24/04/08 - digression: Eros et Thanatos

Eros et Thanatos sont les noms mythologiques des 2 principes fondamentaux à l'oeuvre dans le désir, la vie et la mort. Eros désigne ainsi le mouvement continu de la vie comme l'intensité qui déborde dans la vie; Thanatos quant à lui ne s'oppose pas à Eros comme la mort à la vie, mais désigne la douleur, la destruction, autrement dit le processus même de dépérissement de la vie. Dès lors, Eros et Thanatos doivent se comprendre comme le point charnière où se joue l'intensité du désir, à la fois expression de sa vivacité et moment de sa plus grande perte de vitalité.

Eros et Thanatos sont ainsi une opposition dynamique dans ce Janus qu'est le désir. Ce faisant, Freud introduit ce principe dans la plupart des manifestations agressives du désir (complexe d'Oedipe, transfert et contre-transfert, résistance, perversion sado-masochiste). Dès les 3 Essais (1915), le sado-masochisme et le voyeurisme-exhibitionisme deviennent les exemples types de ce destins des pulsions que ne prendra sa forme la plus aboutie que dans Au-delà du principe de plaisir (1920) : par un retournement des buts, le but actif de la pulsion (tourmenter/regarder) ne pouvant être satisfait, celui-ci se renverse contre le sujet désirant en un but passif (être tourmenté/être regardé). Et ce retournement ne peut avoir lieu sans un changement d'objet. Aussi le masochiste est-il le sadique de sa propre personne et l'exhibitionniste, le voyeur de son propre corps.
Mais cette perversion de l'expérience du désir traduit une vérité propre à toute expérience du désir: la plus grande jouissance est dans la décharge de l'énergie libidinale, c'est-à-dire à la fois dans la plus grande intensité possible de la force pulsionnelle comme dans le pouvoir d'inertie de cette force.
Dès lors qu'est-ce que la pulsion de mort si ce n'est la regression de la pulsion, c'est-à-dire la tentative de retour de toute expérience du désir au seul processus primaire de la décharge? Là où la pulsion de vie retarde l'inertie de la force pulsionnelle en empruntant de nombreux chemins et détours pour construire de multiples expérience de satisfaction sans annihiler la force pulsionnelle, la pulsion de mort est une tentative, pour la pulsion, d'aller droit au but.
Aussi, cette régression souligne l'ambivalence de toute expérience du désir: la pulsion est une tendance vers un but qui ne peut se réaliser sans se perdre qu'au travers d'expériences substitutives. La pulsion veut la plus grande intensité dans la décharge, c'est-à-dire la mort du désir, mais, dans le sujet désirant, le désir travaille à maintenir la tension nécessaire au psychisme pour construire des expériences de satisfaction.

Dès lors, Eros et Thanatos concourent ensemble à la poursuite du désir comme à sa satsfaction. Désirer, c'est donc toujours mourir: juste assez pour jouir, mais pas assez pour ne plus désirer.

lundi 21 avril 2008

Images pour le cours du 24/04/08 - Eros et Thanatos


Niklaus Manuel Deutsch, La jeune fille et la mort, (1517).


Edward Munch, La jeune fille et la mort, (1894).

dimanche 20 avril 2008

Synopsis du cours du 03/04/08 - Pulsion 2/2

La psychanalyse nous enseigne que l'expérience du désir est celle de la transcription continuelle d'une force universelle en vécu singulier. Entre ce que veut la pulsion et ce que peut le sujet désirant, il y a cet écart qui ne cesse de travailler le sujet désirant qui construit et oriente sa vie.

Dans les 3 essais sur la théorie sexuelle (1905), Freud va à l'encontre de l'opinion commune sur la pulsion sexuelle (texte1). Couramment, celle-ci s'entend comme un instinct, latent pendant l'enfance, qui poursuit un processus de maturation aboutissant à l'union sexuelle, but ultime de la vie. A l'inverse, il s'agit de montrer que ce que Freud appelle pulsion et la dynamique psychique dans laquelle elle s'inscrit fait de la sexualité humaine quelque chose de contre-nature.
On notera dans un premier temps que pulsion se dit Trieb en allemand, c'est-à-dire poussée, se distinguant d'Instinkt: là où l'Instinkt est tendance innée à s'orienter vers un objet déterminé par une action déterminée, Trieb désigne simplement la force motrice qui met en branle l'organisme ou le psychisme. Dans la Métapsychologie, Freud compare la pulsion et l'excitation: l'excitation obéit au schéma du réflexe (une excitation extérieure -un animal effrayant- appelle une action correspondante -sursauter puis fuir-); la pulsion est une forme d'excitation retranscrite par et dans le psychisme. Ainsi d'un enfant en détresse, l'excitation de la faim appelle non seulement une réponse appropriée (donner du lait) mais aussi adaptée aux expériences de satisfaction de l'enfant (odeur et voix de sa nourrice).

Aussi, la pulsion peut se définir suivant 4 caractéristiques (texte2 extrait de la Métapsychologie): 1. la poussée (Drang), 2. le but (Ziel), 3. l'objet (Objekt) et 4. la source (Quelle). La pulsion est (1.) la force ou quantité de mouvement qui pousse à désirer; en ce sens, elle peut se confondre avec l'instinct. Par contre, la pulsion s'en distingue par son but. En effet, là où la finalité de l'instinct est déterminée et invariable, la pulsion n'a d'autre but que la satisfaction, celle-ci pouvant empruntée divers voies possibles. Dès lors, la force de la pulsion ne cesse d'être dérivée vers des objets de satisfaction divers et variés. Ainsi, l'objet (3.) est ce en quoi et par quoi la pulsion peut atteindre son but. Moyen plus que but, l'objet de la pulsion n'est que le lieu d'une expérience de satisfaction, la force du désir se dispersant en une multitude d'objets. Enfin, la source (4.) est la traduction d'un processus somatique en une excitation psychique. Comme traduction, la pulsion est délà la façon dont le psychisme interprète les nécessités du corps.


vendredi 18 avril 2008

Synopsis du cours du 27/03/08 - Pulsion 1/2: désir et souhait

Force est de constater que le terme "désir" ,dans toute sa polysémie ambivalente, est peu usité dans l'oeuvre de Freud, le psychanalyste viennois lui préférant le terme Wunsch. Or, Wunsch (souhait) traduit à la fois le désir d'obtenir quelque chose, de voir un évènement se produire et l'expression de ce désir. Autrement dit, dans le souhait, le désir est dédoublé en désir et énoncé sur ce désir. Dès lors, désirer, ce n'est pas seulement vouloir, mais aussi exprimer d'une façon ou d'une autre ce vouloir.

Ainsi, dès l'Esquisse de psychologie scientifique de 1895, Freud décrit un mécanisme psychique répondant à un principe d'inertie consistant en l'évacuation d'une quantité d'énergie produite par des stimuli endogènes (faim, respiration, sexualité...). Ce processus primaire vise la satisfaction, c'est-à-dire la décharge de cette quantité d'énergie libre. Or, à ce premier processus répond un processus secondaire régit par un principe de constance consistant en une retenue de la spontanéité de l'énergie libre. La quantité d'énergie ainsi liée permet au psychisme de conserver une tension constante nécessaire à son fonctionnement. Dès lors, le psychisme est un système en équilibre ou plutôt un tension constante. Le psychique est une machine à draîner l'énergie.

Aussi , le souhait (Wunsch) est un mécanisme psychique à la fois lié à une nécessité vitale (la satisfaction d'un besoin) mais aussi l'expression de cette nécessité sous la forme d'une représentation particulière (l'expression d'un désir). Dès lors, l'expérience du désir se transcrit dans des expériences de satisfaction (Wunscherfüllung), c'est-à-dire le résultat d'une tension entre la force continue des stimuli internes et la réponse particulière à un sujet désirant à cette force. Ainsi de l'exemple de l'enfant affamé dans L'interprétation des rêves, chp. VII, 3: l'enfant crie, tiraillé par la faim, mais répondre à la nécessité de le nourrir ne suffit pas à le calmer tant est lié pour l'enfant à toute expérience de satisfaction à la fois le lait de la nourrice, l'odeur de son sein et la chanson qu'elle lui chante pendant la tétée. L'expérience de satisfaction est ainsi la représentation de ce qui est susceptible de procurer la satisfaction. Elle est un souvenir plus qu'un besoin.
Il en va de même du rêve comme l'accomplissement du désir. Le rêve est la production du psychisme qui ne pouvant répondre à un besoin de façon directe le traduit dans une représentation particulière. Si le rêve est sibyllin, c'est donc parce qu'il ne peut exprimer directement le sens d'un désir, mais l'expression a tout de même lieu sous une forme déviée et transcrite.

Le Wunsch est l'objet d'un mécanisme psychique où se joue le déchiffrement possible du sens du désir dès lors que l'on comprend sa source inconsciente, l'inconscient étant ici la fiction théorique nécessaire à la compréhension de ce mécanisme comme de cette dynamique. La Traumdeutung (texte) décrit le psychisme comme le lieu d'un travail dont le but est d'éviter l'accumulation d'excitation. Suivant un premier processus ("S1" ou processus primaire), l'excitation endogène recherche la satisfaction immédiate susceptible d'éviter l'accumulation d'énergie. Mais la prise en compte d'un certain déplaisir dans la décharge pure et simple de l'excitation, pousse le psychisme à user d'un second processus (S2 ou processus secondaire) où l'énergie psychique emprunte un chemin détourné. Le processus secondaire décrit par Freud consiste donc à inhiber l'énergie psychique pour réguler son intensité et l'orienter vers des expériences de satisfactions particulières.

Ainsi du rêve analysé par Freud dans la Traumdeutung et illustré par un dessin trouvé par Ferenczi dans un journal humoristique hongrois, dessin caractéristique, selon Freud des différentes couches symboliques du rêve. Les images 1 à 7 sont le rêve, l'image 8 signifiant le réveil de la nourrice. Le stimulus qui ici doit aboutir au réveil est la réponse à un besoin, celui de dormir en conflit avec la nécessité de répondre aux cris de l'enfant (Im. 1=faire une promenade: Im. 2=faire pipi) mais les différentes situations au fil des images (Im 3. à 7=flux d'urine qui devient rivière puis fleuve où néviguent une barque, une gondole, un voilier puis un paquebot) traduisent la façon dont le psychisme résiste à ce stimulus.L'accroissement de l'excitation est trancrit par l'accroissement symbolique du flux et des embarcations.
Le rêve est ici une lutte pour résiter à un besoin obstiné (dormir) malgré l'excitation du réveil (les cris de l'enfant). Il est le conflit entre la force du désir (la nécessité de dormir comme de répondre à la détresse de l'enfant) et l'expression de ce désir sous une forme particulière.

mercredi 26 mars 2008

Textes pour le cours du 27/03/08 - Pulsion





FREUD, L'interprétation des rêves, chp.7, trad° Meyerson, PUF, 1967

vendredi 21 mars 2008

Synopsis du cours du 20/03/08 - I/1/d/ Pulsion - la psychanalyse et la question du désir

Quel que soit le crédit scientifique que l'on accorde à la psychanalyse, force est de constater la prégnance du vocable de la psychanalyse dans tout traitement de la question du désir: inconscient, symptôme, fantasme, névrose, pulsion...etc sont autant de mots qui disent quelque chose du désir aujourd'hui.

Ainsi, la psychanalyse est A/ une méthode d'investigation qui permet de mettre en évidence la signification des paroles, actions ou productions imaginaires d'un sujet, B/ une méthode psychothérapeutique fondée sur l'investigation précédente et C/ l'ensemble des théories systématisant les données récoltées par A/ et B/. La psychanalyse nous renseigne que l'expérience du désir
- est toujours seconde tant elle nécessite la mise au jour des significations du désir;
- est toujours l'objet d'un travail tant elle suppose que le sujet désirant, prenant acte de la fausse unité de ses désirs, accède à la multiplicité des signifiants de son désir pour en décrypter la sourde unité pulsionnelle;
- est l'expérience d'une décomposition tant elle est le constat qu'en matière de désir, il y a de l'altérité en soi.

L'expérience du désir dans et par la psychananlyse est alors un travail qui vise à amener à la conscience du sujet désirant le psychique refoulé en lui. Dès lors, par ce travail, c'est faire du désir l'objet d'une dynamique (sujet désirant/psychanalyste) susceptible de révéler la véritable nature du désir tout autant que mettre en lumière le mécanisme de l'appareil psychique lui-même.
Aussi, le psychique devient-il ce lieu où se révèle des fragments d'une unité perdue comme les ruines d'un monument à jamais disparu. Les topiques freudiennes sont ces unités fictives du sujet désirant qui deviennent système théorique mais où le système n'est que la représentation imaginée d'un mécanisme qui ne se révèle à chacun que dans la dynamique de la cure psychanalytique.

On peut alors affirmer que c'est là prendre acte que l'expérience du désir est un désastre (sens étymologique de désir = regretter l'absence d'un astre), c'est-à-dire une expérience nécessairement déceptive, du même ordre que la vexation psychologique auquel oblige la psychanalyse. Car le désir est pris dans les rets d'un mécanisme qui ne révèle sa portée et sa fonction que dans une dynamique. Autrement dit, , le sujet désirant découvre par la psychanalyse combien il y a de l'étranger en lui, c'est-à-dire autant de l'altérité que de l'incongru. Par la psychanalyse, le sujet désirant se décompose en autant de parcelles de sens qui se révèlent à sa pensée ou se rappellent à sa conscience. Par là, le sujet désirant est désaisi de lui-même comme de toute prétention à la maîtrise de soi.

La psychanalyse, quelque soit la portée de ses théories, oblige à prendre acte du fait que mon désir n'est pas à moi, mais passe seulement à travers moi.

lundi 17 mars 2008

Bibliographie - la concupiscence

Oeuvres:
Thomas d'Aquin, Somme théologique, Questions 22-30, txt bilingue, trad° Corvez, éd° Desclée et Cie, 1949
Augustin, Les Confessions, trad° Trabucco, éd° GF, 1964
Augustin, Les Aveux, trad° Boyer, éd° P.O.L., 2008
Pascal, Pensées, txt établi par Lafuma, éd° Points Seuil, 1962


Commentaires:
Dictionnaire de la spiritualité ascétique et mystique, (sous la dir° de ) Viller, Derville, Lamarche et Solignac, éd° Beauchenes, 1937-1995
A. Rouselle, Porneia, De la maîtrise du corps à la privation sensorielle, éd° PUF, 1983
P. Brown, Le renoncement à la chair, Virginité, célibat et continence dan le christianisme primitif, éd° NRF, Gallimard, 1995
A. Forest, Pascal ou l'intériorité révélante, éd° Seghers, 1971
P. Sellier, Pascal et Saint Augustin, éd° Albin Michel, 1970

dimanche 16 mars 2008

Cinéma et philosophie - La concupiscence

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Synopsis du cours du 13/03/08 - libido sentiendi, libido sciendi, libido dominandi


La concupiscence comporte 3 espèces: la volupté (libido sentiendi), la curiosité (libido sciendi) et l'orgueil (libido dominandi) (Txt 1 et 2). L'ordre de ces 3 espèces reprendpeu ou prou la logique du récit de la Génèse: le serpent dit à Eve "le jour où vous mangerez du fruit (volupté), vos yeux s'ouvriront, vous connaitrez le bien et le mal (curiosité) et vous serez comme des dieux (orgueil)."
Dès lors, la concupiscence est une forme particulièrement tenace de l'amour de soi. Ainsi de la volupté comme ce qui flatte nos sens et assure la satisfaction de notre corps. Elle est, selon (Saint-)Augustin, une source d'illusion et de confusion tant les plaisirs du corps captent l'attention de celui-ci. Aussi, là où le désir porte vers autre chose que soi-même, le plaisir enferme en soi-même tant on n'est jamais comptable que de sa propre jouissance.

C'est à Pascal qu'il revient de mettre en scène cette enfermement misérable du moi dans sa propre satisfaction. (Txt 4)

Le moi en devient haïssable tant il n'a de satisfaction que pour lui-même au point d'incommoder ses semblables et d'entrer en conflit avec eux. C'est là tout l'égocentrisme du plaisir qui n'a de cesse de détourner le désir de sa finalité . Même lorsque l'enfermement du plaisir dans sa seule satisfaction risque de lui révéler combien son petit monde sent le renfermé, le divertissement est là pour l'aider à s'oublier soi-même un instant pour mieux se morfondre encore en soi-même.









(Txt 3) Ainsi du rôle de l'amour comme mécanisme d'apparition du Moi et révélateur de son inanité. (Ex1) Perdu dans l'affirmation vaniteuse de soi-même, il ne connait que la satisfaction de se savoir aimé. Il en va de même du plaisir dès lors qu'il n'a que le souci de soi-même, il n'a de désir que pour ce qui est susceptible de lui apporter satisfaction pour lui-même. (Ex2) Dès lors, même l'attachement à la beauté d'un(e) autre n'est qu'amour de soi, car il n'est qu'une qualité périssable qui ne sert qu'à son propre plaisir.

La concupiscence est alors cette forme de cupidité divertissante où les vertiges du plaisir n'ont d'autres considérations que soi-même et où autrui n'est qu'un objet de son plaisir. La concupiscence est cette complaisance du sujet désirant qui s'enferme dans sa seule satisfaction.
La concupiscence est alors cet oubli du désir tant ce mouvement qui porte vers ce qui est autre que soi-même est corrompu par l'enfermement dans sa seule satisfaction. Elle est le souci de ses voluptés qu'un peu de curiosité pour les autres formes de satisfaction n'est encore qu'une expression de son égoïsme.

La concupiscence est le plaisir qui se fait roi alors qu'il n'est que le compagnon d'un désir qui le dépasse.


mardi 11 mars 2008

Outils - la concupiscence



Au-delà de sa simple valeur patrimoniale, un concept vaut en tant qu'outil.
Plus que connaître l'histoire de tel ou tel concept, il convient d'apprendre à se servir d'un concept comme instrument de sa propre pensée.

La concupiscence est ce plaisir ardent qui trouble le sujet désirant, trouble qui emporte l'âme et corrompt la pureté du désir. Dépoussiéré de ses lourdeurs chrétiennes, le concept de concupiscence oblige à distinguer entre désir et plaisir. Ainsi de la différence entre l'amour et la cupidité chez Thomas d'Aquin. La cupidité est la réalisation d'un désir qui se corrompt en plaisir là où le désir garde toute sa vivacité par son absence de réalisation. La cupidité est le désir d'un plaisir là où l'amour est le désir de l'autre dont le plaisir est la récompense. C'est là toute l'ambiguité d'une phrase pleine de promesses comme"je te veux": est-ce dire "je te désire toi" ou "j'ai besoin de toi pour satisfaire mes plaisirs"?
Aussi le sujet désirant est-il une âme et un corps, la première désirant un bien lorsque le second n'a que le souci de l'agréable. Or, là où le désir entretient une tension toujours vive entre le sujet désirant et l'objet de son désir, le plaisir quant à lui n'aspire qu'à une réalisation rapide de sa jouissance.
La concupiscence dit alors la transformation du désir en un plaisir, c'est-à-dire d'une dynamique en un produit, d'un flux en un rebus, d'une force en un reste.
L'expérience du désir est ainsi faite que, post coïtum, les amants découvrent que le plaisir est la mort du désir.

samedi 8 mars 2008

Synopsis du cours du 06/03/08 - I/ 1/ c/ La concupiscence

La concupiscence, terme appartenant au vocabulaire de la théologie chrétienne, est le désir ardent des biens terrestres. Désir du sensible qui ne trouve satisfaction que par le sensible, la concupiscence a pour cause la chair, principe permanent de discorde venant corrompre la pureté de l'âme.
Ainsi du Pêché originel selon (Saint-) Augustin: Adam et Eve en découvrant leur nudité et la pudeur à laquelle elle les oblige, se découvre comme corps ayant des désirs indépendamment de leur volonté. Le sujet désirant découvre ainsi que les attentes de son corps peuvent dépasser l'expression de sa volonté. Mais ce que le corps demande, il revient à l'âme de l'autoriser ou de l'interdire. Plein de besoins, l'homme n'en demeure pas moins un être libre de vouloir le bien.

Mais la concupiscence est plus que les seuls désirs irrascibles du corps. Le désir est, suivant Thomas d'Aquin, une puissance de l'âme aspirant à un bien intelligible (âme) ou un bien sensible (âme + corps). Or, l'âme se doit, par sa nature, de désirer un bien et non une chose agréable. La concupiscence est dès lors le désir de ce qui plaît au sens et la complaisance d'une âme qui se laisse emporter par les plaisirs du corps.
Ainsi le désir doit-il se distinguer du plaisir: là où le désir est une force qui tend vers un objet absent, le plaisir est la jouissance d'un bien présent. Aussi y a-t-il moins de gloire à un désir toujours animé par l'absence du bien auquel il aspire et le plaisir, jouissance qui ne fait que passer, laissant le jouisseur comme un animal triste.

Cinéma et philosophie - L'ardeur

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samedi 9 février 2008

Synopsis du cours du 07/02/08 - Diversion - Génie et mélancolie

"Pourquoi tous ceux qui ont été des hommes d'exception en ce qui regarde la philosophie, la science de l'Etat, la poésie ou les arts, sont-ils manifestement mélancoliques (...)?" Pseudo-Aristote, Problema XXX, 1, trad° Pigeaud

Par cette question, Aristote inaugure une tradition interprétative qui lie ensemble génie et folie: pourquoi les êtres capables de se dépasser (peri-) ont-ils tendances à s'égarer hors de la raison? Maladie sacrée d'Heraclès, gloire vaniteuse de Lysandre, folie héroïque d'Ajax, orgeuil démesuré de Bellérophon, tempérament mélancolique d'Empédocle, de Socrate ou de Platon, les exemples sont nombreux pour illustrer la maladie des hommes voués à se dépasser.

De la même façon que le vin modèle les caractères , le mélancolique, c'est-à-dire ce corps où la bile noire rompt l'équilibre des humeurs, est de caractère instable. Variant autant de façon quantitative que qualitative, la bile noire est présente dans le corps du mélancolique au titre d'un sédiment ou d'un résidu: il est le trop plein d'une activité débordante. Là où, chez l'homme ordinaire, le bon mélange garantie l'équilibre, chez le mélancolique, l'inconstance du caractère est dûe à un constant déséquilibre des humeurs.
Mais cette inconstance répétée est le prix à payer quand on possède le talent de rompre avec ses habitudes. Car, l'homme d'exception est l'homme du superflu, du trop-plein, du débordement. Par nature, cette présence constante du déséquilibre des humeurs fait de l'homme de génie un mélancolique du fait de cet état maladif propre à ceux chez qui la capacité d'agir ou de créer dépasse l'ordinaire.

Aussi, les mélancoliques sont des érotomanes. Leurs capacités à se modeler comme à se dépasser soi-même est le fait d'une puissance appêtitive débordante qui les transporte. Mais cette poussée créatrice fait varier leurs états et rend inconstant leur caractère les obligeant à se décharger d'un trop-plein. La liberté créatrice qui anime cet être rempli d'un désir débordant se paye ainsi souvent au prix d'un oubli de la simple nécessité vitale. C'est là un désir qui, parce qu'il déborde au-delà des objets du plaisir, risque d'ignorer le nécessaire ou l'ordinaire pour préférer le superflu ou le grandiose

vendredi 8 février 2008

Pas de cours le 28/02/08

Pour des raisons professionnelles, il n'y aura pas de cours le 28/02/08

Textes pour le cours du 06/03/08 - La concupiscence















Thomas d'Aquin, Somme théologique, Les passions de l'âme, Questions 30, trad° Corvez, éd° Desclée & Cie, 1949

dimanche 3 février 2008

Synopsis du cours du 24/01/08 - Diversion: la gastronomie

Diversion - Opération de l'esprit consistant à détourner l'attention afin de permettre à la pensée de se défier de ses propres opinions et de varier son contenu. Moyen de cultiver son irrésolution, c'est-à-dire l'art de toujours et encore exercer son jugement.

L'appêtit est à la fois un mouvement naturel et des façons culturelles: comme mouvement vital, il est ce qui pousse à s'alimenter, comme lieu d'exercice du jugement, il produit de la culture ou est un produit de la culture.
Ainsi des 4 premiers aphorismes de la Physiologie du goût de Brillat-Savarin:
"I. L'Univers n'est rien que par la vie, et tout ce qui vit se nourrit.
II. Les animaux se repaissent; l'homme mange, seul l'homme d'esprit sait manger.
III. La destinée des nations dépend de la manière dont elles se nourrissent.
IV. Dis-moi ce que tu manges, je te dirai ce qu tu es."
L'appêtit est ici ce mécanisme du désir: élan vital qui connaît différents degrés selon la puissance effective du jugement à donner corps à cet élan. L'acte de manger est alors à la fois une nécessité qui commande l'avenir des hommes et une culture qui détermine ce même avenir. Manger est autant une façon habituelle de s'alimenter que le lieu d'expression de sa singularité.

On appellera sensibilité gastronomique ce jeu du corps et de l'esprit qui se présente comme l'art de régler les estomacs.
L'histoire de la sensibilité n'est pas avare d'exemples sur la façon dont les hommes répondent à la fois à la nécessité de s'alimenter et cultivent cette même nécessité (cf. Revel, Corbin ou Quellier).
Ainsi de l'invention du restaurant comme lieu où on satisfait une nécessité avec esprit. (Cf. Brillat-Savarin, Physiologie du goût, Méditations XXVIII). Le restaurant répond d'abord à un besoin, se restaurer, mais on y prend prétexte pour une fête ou un festin. Mais plus qu'un étalage sans subtilité d'aliments, la gastronomie se veut l'art de cultiver le goût de l'agréable plus que celui de subvenir au nécessaire. Ainsi, aller au restaurant, c'est répondre au besoin de façon agréable et satisfaisante; c'est manger non pas une chose, mais une portion; c'est être à une place, mais pour être servi et pour pouvoir choisir dans un menu.
Ainsi de la gastronomie définit par Brillat-Savarin comme la connaissance raisonnée de tout ce qui a rapport à l'homme en tant qu'il se nourrit. Cette science a pour sujet tout ce qui peut être mangé, pour but, la conservation des individus et pour moyens toute une culture, un commerce, une industrie. Là encore, la culture est portée par une nécessité naturelle qu'elle transporte à sa guise.

L'appêtit est un besoin qu'il faut savoir cultiver, une nécessité qu'il faut savoir rendre superflu et une obligation qu'il ne faut pas négliger.

samedi 2 février 2008

Bibliographie - L'appétit.

Oeuvres:
Aristote, De l'âme, III, 9 à fin, trad° Bodéüs, GF, 1993.
Aristote, Ethique à Nicomaque, III, 9 à 12, trad° Tricot, Vrin, 1994.
Brillat-savarin, Physiologie du goût, Champs-Flammarion, 1982
Deleuze-Guattari, L'Anti-Oedipe, Capitalisme et schyzophrénie, Livre I, chp. 1, éd° Minuit, 1972/1973

Commentaires:

Sur Aristote:
J. Frère, Les Grecs et le désir de l'être, des préplatoniciens à Aristote, 1981, pp. 287-437
J.L. Labarriere, "De la phronesis animale", Biologie, logique et métaphysique chez Aristote, éd. par Devereux et Pellegrin, 1990, pp. 405-428

Sur la sensibilité gastronomique:
JF Revel, Un festin en paroles, Histoire littéraire de la sensibilité gastronomique de l'Antiquité à nos jours, éd° Texto, 1978
T. Tahon, Petite philosophie de l'amateur de cuisine, éd° Milan, 2007
F. Quellier, La table des Français, Une histoire culturelle (XV-XIX siècle), Ed° PUR, 2007
D. Le Breton, La saveur du monde, une anthropologie des sens, éd° Métaillié, 2006
H This et P. Gagnaire, La cuisine, c'est de l'amour, de l'art et de la technique, éd° odile Jacob, 2006
A. Corbin, Le miasme et la jonquille, éd° Champs-Flammarion, 1998