Lectures philosophantes

Lectures philosophantes

jeudi 14 octobre 2010

Absence

Le cours du jeudi 14 octobre ne pourra avoir lieu, la naissance, depuis quelques heures, de ma petite Eugénie me mettant dans un état émotionnel incompatible avec un cours de philosophie un tant soit peu rationnel.
Je prie les auditeurs de bien vouloir m'en excuser, le cours sera rattrapé ultérieurement. Prochain cours, le jeudi 21 octobre.
Bonne lecture de l'Anti-Oedipe.

Votre professeur

dimanche 10 octobre 2010

Cinéma et philosophie - bilbiographie

Pour ceux qui souhaiteraient approfondir le dialogue entre cinéma et philosophie et la dialogue sur le pessimisme à partir de Whatever works.

J. Cerf, Cinéma et philosophie, éd° Cahiers du Cinéma, coll° Les petits cahiers.
Un panorama détaillé des rapports entre ces deux modes de pensée.

R. Quilliot, La philosophie de Woody Allen, Ellipses
Une analyse thématique assez fine des films de Woody Allen jusqu'en 2004.

A. Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation, trad° Sommer, Stanek, éd° Folio
Oeuvre magistrale, bien qu'ardu. Le livre IV est la justification d'une vision pessimiste du monde. Quantités d'autres petits textes restent sans doute plus abordables, mais on aborde alors Schopenhauer par sa caricature volontaire. Donc, si la ténacité est de mise, il ne faut pas hésiter à se jeter dans cette oeuvre majeure.

G. Morano, Schopenhauer pas à pas, éd° Ellipses
Une introduction claire du système de pensée de Schopenhauer.

Ch. Salaun, Apprendre à philosopher avec Schopenhauer, éd° Ellipses
Une approche thématique claire et concise qui se concentre sur certains textes en particulier.

I. Yalom, La méthode Schopenhauer, éd° Points Seuil
Sans doute la meilleure introdiction à Schopenhauer pris sous l'angle du pessisme. Un roman psycho-philosophique qui tient en haleine tout en distillant avec sérieux les thèses majeurs de l'auteur.

jeudi 26 août 2010

La production du désir

Université Populaire Européenne de Strasbourg, cours de philosophie
Le désir attrapé par la queue 3/4 - 2ème partie: la production du désir

Tous les jeudis à 20h à partir du 7 octobre
Cours St Louis, 9, quai Finkwiller

Modalités d'inscription auprès de l'UPE au 03.88.36.32.10 ou à l'adresse suivante

M. Duchamp, Le Grand Verre, 1915-1923


Puisqu'il vaut mieux ne pas prendre ses désirs pour des réalités, comment croire en la réalité de ses désirs? Il s'agira cette année, à partir d'une lecture partielle de l'Anti-Oedipe de Deleuze et Guattari d'éclairer ce dont le désir est le produit: désirer quelque chose ou quelqu'un, est-ce seulement vouloir une chose qui nous manque ou travailler à la réalité de ce qui fait notre désir?
Lorsque je dis " je te désire", suis-je en train de dire "je te veux" ou"ça me travaille"? Suis-je en train d'exprimer un objet de ma volonté dont je souhaite la réalisation ou de mettre en oeuvre ici et maintenant le produit de mon désir?
Où l'on verra que le désir est quelque chose qui ne cesse de travailler, de nous travailler...

La moitié des séances prendra la forme d'un atelier de lecture de l'Anti-Oedipe de Deleuze-Guattari. Il est donc conseillé de se procurer l'ouvrage et de le parcourir.

Deleuze-Guattari, Capitalisme et Schizophrénie, 1 - l'Anti-Oedipe, éd° Minuit, 1972.
Une bibliographie plus complète sera transmise en début d'année.


Ce cours fait suite à ceux des années 2007-2008 à 2009-2010. Il n'est cependant pas indispensable de les avoir suivi. Tout au plus est-il utile de consulter leurs progressions sur ce blog.

mercredi 9 juin 2010

Philosopher pas à pas - marche du 12 juin 2010

Comme de coutume, l'année se conclut par un marche sur un thème philosophique. cette année la Joie avec un parcours qui nous emmène de Mutzig à Rosheim.
Durrée de la marche: environ 3h de marche effective; comptez un peu moins de 6h avec les pauses réflexives. Pas de difficultés particulières.
A noter que cette marche est ouverte à tous.


Le départ en train est à 9h55, rendez vous en gare de Strasbourg, sous la grande verrière vers 9h30. Retour prévu par le train de 16h37, 17h28 selon le pas philosophant des marcheurs.
A prévoir: des chaussures adaptées (terrain boueux par moment), un repas tiré du sac avec quelques délices à faire goûter à ses compagnons de chemin et un équipement de pluie au cas où.

lundi 7 juin 2010

Synopsis du cours du 28/05/2010 - Spinoza, l'horizon politique de l'Ethique




L'Ethique de Spinoza a ceci de particulier qu'il contient tout Spinoza. Oeuvre non publiée de son vivant, on y trouve cependant ce qui est au fondement du Traité théologico-politicus. Et particulièrement s'agissant du livre IV de l'Ethique, sous titré De la servitude ou la force des affects. La puissance de désirer, condition de possibilité d'une affirmation de soi, se trouve, dans ce livre IV, confrontée à la nécessité de composer avec autrui et les circonstances. Tant à l'échelle de l'individu qu'à celle d'une société d'individus, on échappe pas à la puissance des affects.
Ainsi, autant le livre III nous invitait à prendre conscience de la nécessité des affects et d'une possible affirmation dans et à partir de cette nécessité d'une puissance de désirer qui nous est propre, autant le livre IV va prendre acte de la force des affects et d'une récurrente servitude qui en découle. C'est une certaine servitude affective qui est le fond à partir duquel on doit affirmer notre puissance, mais ce fond est toujours déjà là comme un poids entravant une quelconque forme de libération. Aussi, chaque individu comme toute société d'individus doit d'abord prendre acte de cette nécessité.
Sont ainsi autant d'entraves à cette affirmation dans et par la nécessité, l'illusion des causes finales et les notions de bien ou de mal: nous n'envisageons un but à cette nécessité qu'en tant que notre désir projette une fin imaginaire dans le réel; juger qu'une chose est bonne ou mauvaise est un obstacle à une juste compréhension de ce qui est bon ou mauvais selon notre nature. Aussi, une société d'individus, en tant qu'elle fixe des buts aux désirs et les fait rentrer dans le cadre d'une morale, s'oppose d'une certaine façon à l'affirmation de cette puissance de désirer qui nous est propre.
Ce faisant, il ne peut y avoir de société des affects, si par là on entend une société qui déterminerait pour chacun sa disposition à être affecté; par contre, il demeure possible d'envisager une communauté d'affects en tant qu'un ensemble d'individus se reconnaisse dans des affects qu'il partage chacun à sa façon. Aussi, si un horizon politique est possible, c'est celui d'une association d'individus libres, capables par eux-même d'affirmer sa puissance de désirer, tout en concourant à ce que cette puissance soit compossible avec celle des autres.

lundi 31 mai 2010

Cinéma et philosophie - séquences/ L'eau lubrique

L'eau lubrique (extrait 1 et 2)








L'eau pure / l'eau tragique

lundi 24 mai 2010

Séquences pour le cours du 25/05/10 - L'eau (Mizu), figure folklorique, figure esthétique.

(La séance portera sur les aspects culturels et folkloriques de l'érotisme japonais, en particulier autour du motif de l'eau, et sur les apports esthétiques de la Nouvelle Vague japonaise, en particulier s'agissant du cinéma érotique.)

L'eau!... L'eau!...



Imamura, l'anti-Ozu?
Séquences d'Ozu, en particulier Voyage à Tokyo (1953), disponible sur You Tube



Quartier de plaisir




Yoshida, Eros + massacre (extraits)

jeudi 20 mai 2010

Synopsis du cours du 25/05/10 - Sade, un libertin sans retour

(Cliquez sur la mini-publication pour être rediriger vers un lecteur approprié. Possibilité de lire, de télécharger, d'imprimer ou de partager la publication.)


Publiez sur Calaméo ou explorez la bibliothèque.



L'oeuvre du marquis de Sade, sans doute la plus obscène et la plus violente jamais écite, a aussi le triste privilège de ne presque plus être lu. Car qui ouvre un livre de Sade s'apprète à vivre une expérience, celle d'un désir dont la puissance ne peut mener qu'à l'abîme. Les grands écrivauns sont des cliniciens: il nous dresse la tableau d'un réalité que sans eux nous ne saurions voir et que grâce à eux nous n'avons à vivre qu'à travers leurs livres.
Jusqu'à un certain point, le divin marquis est un Spinoza exacerbé, le paradigme exacerbé de la puissance du désir. Car, si le désir est l'expression d'un certain degré de puissance, c'est-à-dire d'un certain rapport au monde, le désir sadien est la tentative de se libérer de la servitude des moeurs pour laisser libre cours au désir lui-même. Là où Spinoza fait de la puissance de désirer le vecteur d'une certaine joie ou d'une certaine tristesse, le désir sadien ne vise que la plus grande joie, la plus grande jouissance possible. Dès lors, là où Spinoza nous invite à rechercher un
optimum de puissance, c'est-à-dire un juste équilibre entre la nécessité d'être affecté et la puissance de se disposer d'une autre façon, Sade nous indique combien le désir peut être une puissance despotique qui ne tend que vers un summum de jouissance. Le désir est une puissance qui nous libère lorsque nous savons en faire un usage singulier, mais qui peut être notre servitude si ce même désir n'est qu'une force impersonnelle.
Ainsi de la philosophie dans le boudoir (1795), dont le 3ème dialogue nous offre la description érotique du corps, partie par partie, en vue du seul plaisr comme écoulement et retenue. Ainsi de ce même 3ème dialogue où la vertu du vice est argumentée par Mme de Saint Ange se livrant ainsi à la nécessité de la débauche pour révéler la vraie nature des corps du désir. Ainsi du pamphlet du 5ème dialogue où se joue le double voix de Dolmancé et celle, en décélage, de l'auteur lui-même, où tant la distinction entre jouissance et possession que la figure de la prostitution illustrent la nature même d'un désir despotique qui peut être, comme les deux côtés d'un abîme, le vecteur d'une libération joyeuse ou d'une jouissance servile.

mardi 18 mai 2010

Textes pour le cours du 20/05/10 - Sade, un libertin sans retour.

(Nous testons un moyen plus convivial de transmettre les textes analysés en cours. Cliquez sur la mini-publication pour la feuilleter à loisir (fonction zoom pour en faciliter la lecture) et la télécharger pour l'imprimer si nécessaire.)


Publiez sur Calaméo ou explorez la bibliothèque.

lundi 17 mai 2010

Synopsis du cours du 6/05/10 - Spinoza chez les lubriques

(En cours)

Séquence pour le cours du 18/05/10 - Le vouloi-vivre.

La séance procédera à une analyse de séquences du film De L'eau tiède sous un pont rouge d'Imamura à parti du concept de vouloir-vivre chez Schopenhauer et, plus particuièrement de la notion d'amour sexuel.
On pourra se reporter au synopsis des cours suivants:
Le vouloir-vivre
L'amour sexuel



Introduction

dimanche 2 mai 2010

Textes pour le cours du 6/05/10 - Spinoza chez les lubriques

Nous solliciterons dans un premier temps la définition de la honte dans Ethique III avec la 3e journée de L'Hexameron rustique de La Mothe Le Vayer.
Une ancienne édition de l'ensemble de L'Hexameron rustique est disponible sur GoogleBooks .
Le texte demeure cependant peu accessible au lecteur d'aujourd'hui. Nous reproduisons l'édition publiée dans la collection "bibliothèque hédoniste" des éditions Encre Marine, 2005










puis, dans un second temps, nous solliciterons, dans Ethique IV, le scolie de la proposition 45 avec un extrait de Thérèse philosophe du Baron d'Argens (?)

Thérèse philosophe (extrait)






samedi 1 mai 2010

Synopsis du cours du 29/04/10 - Spinozisme et libertinage.

Du libertin, nous avons sans doute aujourd'hui oublié qu'avant d'être un libre-jouisseur, il est d'abord un libre-penseur. Il n'y a de libertinage que pour celui dont la puissance de désirer tend à se libérer de ce qui l'entrave, ce qui suppose une certaine disposition d'esprit autant que de corps. Dès lors, le lien entre le libertinisme et la philosophie de Spinoza demeure celui d'un courant radical plus ou moins candestin avec un système de pensée qui fournit aux libertins une multiplicité d'outils pour libérer le désir. Ainsi du Tractatus Theologico-Politicus, interdit de publication en 1676, mais qui connu une publication partielle dès 1670 ainsi qu'une diffusion clandestine qui fit connaître les démonstrations. Ainsi de l'Ethique qui, à titre posthume, bénéficia des efforts de ses plus fidèles lecteurs pour une diffusion fragmentée et aussi clandestine que possible. La philosophie de Spinoza, mais aussi celle de Hobbes, Vanini ou encore La Mothe Le Vayer, irrigueront ainsi le mouvement libertin qui sût en faire une machine de guerre contre toutes formes d'entraves à la puissance du désir. Le paradigme de cette créature de la littérature philosophique qu'est le spinozisme demeure L'esprit de Spinoza ou Traité des 3 imposteurs. L'ouvrage procède par assimilation, extension théorique ou citations plus ou moins directes comme autant d'argument contre les préjugés des théologiens. Ainsi du chapitre II, §3 du Traité qui est une citation plus ou moins déguisée de l'appendice d'Ethique I.
Lisant les textes libertins, il s'agit donc d'y lire l'influence de Spinoza tout en gardant à l'esprit que le spinozisme qui influe sur ce mouvement radical est une créature littéraire.

vendredi 23 avril 2010

Synopsis du cours du 22/04/10 - Joie et jouissance

De prime abord, joie et jouissance sont, pour nous, deux termes bien distincts, la joie relève d'un certain degré de satisfaction tandis que l'orgasme représente le degré ultime du plaisir physique. La joie est un état de bien-être là où la jouissance relève d'une réaction physique plaisante. Et cependant, cette distinction cache mal un appauvrissement du langage dans l'expression des manifestations les plus diverses du plaisir. Nous ne jouissons de plus rien d'autre que de nos sexes et notre joie est un bien-être qui ne vaut pas encore le plaisir sexuel. Dès lors, c'est toute une gamme de subtils variations du plaisir qui nous échappe, par manque de mots pour les dire, c'est-à-dire les vivre.

C'est ce que nous montre Spinoza dans ses définitions de la gourmandise, de l'ivrognerie, de l'avarice, de l'ambition et de la lubricité.

(Spinoza, Ethique III, Définitions 45 à 48, trad° Pautrat)
Ces 5 affects sont le désir et/ou l'amour de tel ou tel objet du désir, c'est-à-dire sont l'appétit de cet objet et/ou la joie qu'accompagne l'idée de cet objet comme cause extérieure de mon désir. On remarquera d'emblée combien ce qui est traditionnellement représenté comme des vices, c'est-à-dire l'expression immodéré d'une passion, devient chez Spinoza les variations d'une puissance de désirer relatives à tel ou tel objet. Ainsi de la lubricité qui , comme les 4 autres affects, n'a pas de contraire mais est une seule et même puissance de désirer l'union des corps, puissance qui peut varier de la chasteté à la lubricité.

Ainsi, dans ses multiples variations, le désir n'est que l'expérience de sa propre puissance, c'est-à-dire des degrés d'une capacité à agir ou à pâtir.

(Spinoza, Ethique III, Scolie de la proposition 56, trad° Pautrat)
Ce faisant, l'échelle des variations de cette puissance permet autant de penser la force des affects que le pouvoir de l'esprit. Ainsi le lubrique et le chaste exprime une même puissance de désirer l'union des corps, mais à des degrés divers. Mais là où le lubrique ne peut être que disposé à vouloir l'union des corps en présence de tel ou tel corps, le chaste se dispose à ne pas être affecté par la vue d'un corps. La force des affects commande la lubricité tandis que la chasteté est un pouvoir de l'esprit.

Toute la comédie des affects que nous décrit Spinoza dans l'explication des définitions 45 à 48 d'Ethique III, comédie qui met en scène un avare gourmand, un ambitieux secrètement ivrogne et lubrique, un peureux avare et un lubrique triste, montre combien les affects ne sont qu'une infini variation de ces puissances que sont désir, joie et tristesse.
Ce faisant, le désir est une façon de vivre qui, loin d'être évaluable à l'aune du bien et du mal, est une disposition singulière à l'égard de tel ou tel objet de désir qui est bonne ou mauvaise pour tel ou tel individu. Aussi n'y a-t-il pas de morale du désir, seulement une éthique relative à telle ou telle puissance de désirer.

Le désir n'est qu'une puissance de désirer, c'est-à-dire une façon d'être disposé ou de se disposer relativement à tel ou tel objet. Comme puissance, le désir est une infini tristesse ou une infini joie de vivre. Aussi, lorsque nous cantonnons la joie à n'être, dans son aboutissement, que le plaisir physique de la jouissance, nous en oublions de nous réjouir de tout ce qui fait notre vie. A ne jouir que de nos sexes, nous avons perdu une infini joie de vivre.

dimanche 18 avril 2010

Synopsis

Les synopsis des ateliers de lecture sur l'Ethique III de Spinoza sont consultables en suivant
les liens ci-dessous.

La force d'âme
(Synopsis de l'atelier de lecture du 11/03/10)

Le repentir et l'humilité
(Synopsis de l'atelier de lecture du 4/03/10)
En cours


L'émulation
(Synopsis de l'atelier de lecture du 25/02/10)
En cours



Le regret

(Synopsis de l'atelier de lecture du 18/02/10)
En cours

dimanche 4 avril 2010

Synopsis du cours du 1/04/10 - Quid Corpus possit (Ce que peut un Corps) 2/2



La puissance du Corps est donc la puissance comme un certain degré de relation du Corps et de l'Esprit. Mieux, il n'y a de puissance du Corps qu'au titre d'une certaine relation du Corps et de l'Esprit par rapport à ce qui les déterminent à agir ou à pâtir.

Ce faisant, c'est au titre d'une critique de l'illusion du libre-arbitre que Spinoza invoque cette formule Quid Corpus possit, mais non pour donner la primeur de toute détermination au Corps en rejetant toute forme de dessein à l'Esprit. Au contraire, le rejet du libre-arbitre doit se faire au nom d'une juste compréhension des rapports entre le Corps et l'Esprit.
Car, c'est du désir dont il est question ici, en tant que le désir est la façon dont l'homme se rapporte au réel au titre d'un appétit ou, ce qui revient au même pour Spinoza, d'un appétit avec la conscience de l'appétit (Ethique III, définition 1). Désirer, c'est être affecté d'une certaine façon, tant du fait d'une disposition du Corps déterminé par une cause extérieure que d'une aptitude de l'esprit à produire des effets.

Aussi faut-il autant entendre Quid Mens possit que Quid Corpus possit, car ce que peut le Corps est ce que peut l'Esprit. Si l'Esprit est dans l'ignorance de ce qui le détermine à être affecté de telle ou telle façon, alors sa puissance est celle du Corps, c'est-à-dire l'Esprit est disposé à pâtir selon les affections du Corps; si par contre, par une connaissance adéquate des causes, l'Esprit est apte à agir d'une façon différente de ce à quoi le dispose le Corps, alors sa puissance est celle de l'Esprit, c'est-à-dire le Corps est disposé à agir selon les aptitudes de l'Esprit. Les appétits du Corps sont les décrets de l'Esprit non en tant que l'un détermine l'autre, mais en tant que l'un et l'autre expriment un même degré de puissance. Ici, dire le Corps et l'Esprit comme s'il étaient deux choses distinctes relève d'un faux-sens, car la puissance est ici un certain degré de relation entre Corps et Esprit, c'est-à-dire un certain degré de perfection dont est capable un individu à tel ou tel moment.

Ce faisant, désirer est affaire de puissance, c'est-à-dire de dispositions du Corps et d'aptitudes de l'Esprit. Car qui désire se dispose à pâtir ou à agir de telle ou telle façon. C'est pourquoi désirer demande de se connaitre soi-même autant que de connaître ce que peut un Corps, car désirer, c'est être déterminé à agir ou à pâtir selon nos dispositions propres. Dès lors, il ne faudrait jamais dire "je te désire" avec l'assurance d'un gaillard séducteur ou d'une sémillante séductrice, mais "je désire de telle façon" avec la prudence de celui qui sait que le désir n'est pas affaire de volonté mais de puissance. Car qui désire ne fait pas ce qu'il veut, mais ce dont il est capable. Et le risque est grand de se montrer faible alors qu'on se croyait vaillant.