Lectures philosophantes

Lectures philosophantes

mercredi 13 avril 2011

Synopsis du cours du 7/04/11 - C'est quoi tes machines désirantes ? 1/2 (Qu'est-ce que la schizo-analyse?)

La schizoanalyse est l'analyse des schizes, c'est-à-dire des divisions qui opèrent dans l'expérience désirante. Reprenant le terme freudien de Spaltung (division ou clivage), Deleuze & Guattari en travestissent son usage: les divisions ne sont pas ce qui structure notre rapport au réel, mais ce qui est produit dans notre rapport au réel. La schize résulte de l'expérience désirante, elle en découle, mais n'en provient pas.
Ce faisant, la tâche de la schizoanalyse consiste à analyser les investissements libidinaux dans le réel lui-même: comment tu fais avec tes machines? C'est quoi tes machines désirantes? Aussi, la schizoanalyse est un questionnement et non une interprétation car il n'y a aucun caractère a priori du sens de l'expérience désirante, mais toujours a posteriori. L'expérience désirante est moléculaire et non molaire, c'est-à-dire est la constitution d'un ensemble singulier qui trouve son sens dans son fonctionnement et non l'évaluation d'un ensemble quelconque à l'aune d'une unité de mesure transcendante. Il s'agit donc moins d'interpréter son désir (ça veut dire quoi? ça se rapport à quoi tout ça?) que la recherche d'une signification qui est propre à l'agencement désirant (c'est quoi tout ça? comment ça marche?...)

Ainsi, un des questionnement centrale de la schizoanalyse est la question de l'investissement(dans quoi tu investis?), c'est-à-dire la façon dont on machine son désir, dont on produit quelque chose dans le réel.
Extrait de Tout va bien, JL Godard (1972) - séquence: qu'est-ce qu'on fout ensemble?

La scène de ménage est ainsi la scène type où apparaît un clivage, une façon de fonctionner qui diffère d'un membre à un autre du couple (LUI=se retrouver, bouffer, aller au cinéma, baiser ou pas; ELLE= Lui tourne une pub, Elle s'engueule avec son rédacteur en chef, on se retrouve, on bouffe, on va au cinéma, on baise ou pas, Lui part faire le montage de sa pub, Elle rentre à l'agence). Comme prototype, la scène de ménage montre comment diffèrent et se déplacent les machines désirantes, c'est-à-dire comment fonctionne un agencement, pourquoi il ne fonctionne plus et comment il doit se transformer pour fonctionner encore.

Aussi, la schizoanalyse est l'opération critique consistant à analyser ce qui clive notre rapport au réel, c'est-à-dire à mettre à la lumière les représentations qui font le fonctionnement de notre rapport au réel. La schizoanalyse est une opération critique, c'est-à-dire d'évaluation de la fonctionnalité des machines désirantes.

mercredi 6 avril 2011

Synopsis du cours du 31/3/11 - Destinée d'une machine désirante nommée Herbert Graf


La critique de la psychanalyse opérée par Deleuze & Guattari dans l'Anti-Oedipe est certes brutale, elle n'en demeure pas moins subtile. Aussi, lorsque les auteurs affirment que la psychanalyse ne comprend rien aux agencements du désir en les rabattant systématiquement sur l'Oedipe, il s'agit moins de porter tort à la psychanalyse que de la débarraser d'une ornière qui interfère avec sa pratique.

Ainsi du cas d'Herbert Graf, alias "le petit Hans", homme rendu invisible, occulté par le cas qu'il a pu représenté pour Freud et exemple même d'une réduction par la psychanalyse de l'expérience désirante au seul schème oeidipien. A la lecture du "petit Hans", comment ne pas s'étonner qu'il s'agit moins de l'analyse d'un cas que de la construction d'une scène incluant l'enfant, le père, la mère, Freud, la bonne...etc mais où chaque rôle est multiple (le père à la fois père analysant, époux bientôt divorcé et apprenti psychanalyste; la mère, à la fois, mère ambiguë, épouse délaissée et patiente analysé par Freud; Freud lui-même à la fois professeur du père, analysant de la mère et chambre d'écho des angoisses du petit Hans...etc)? De cette scène découle une interprétation (les phobies du petit Hans vues comme névrose hystérique) qui ne peut acquérir son statut clinique qu'au titre d'un coup de force.
Comment ne pas voir que son angoisse ne se construit pas seulement sur une scène où tout rôle (les êtres-vivants dotés d'un fait-pipi, la petit Mariedl, le cheval battu...) n'est pas rapporté à un seul facteur (le père), mais s'étend au-delà du cercle familial pour explorer la rue en face, le monde au-delà ou toutes l'échelle des êtres vivants (la petite Mariedl dans l'immeuble, les jolies filles de Gmunden, les omnibus tirés par les gros chevaux...etc)? Le délire du petit Hans ne se contente pas du phallus du père, mais explore tous les fait-pipi de la terre (le chien, le cheval, la girafe...etc).
Aussi, le cas du petit Hans est doublement paradigmatique pour Deleuze et Guattari: 1/ réductionnisme de la psychanalyse rapportant tout à père et mère; 2/ cas anti-oedipien par excellence tant il montre que l'enfant se construit aussi, si ce n'est surtout, au-delà du triangle familiale. Il délire plus que père et mère, il délire le monde entier.
L'anti-Oedipe est ainsi un ouvrage d'anti-psychanalyse comme ceux de Laing ou de Cooper sont des ouvrages d'anti-psychiatrie écrits par des psychiatres. C'est une oeuvre qui fait la critique de la psychanalyse pour la délester d'un appareillage théorique trop lourd pour ne pas être répresseur; mais en opérant cette critique, les auteurs entendent redonner à la psychanalyse une place éminente, celle de fer de lance dans la reconnaissance du caractère sociale du désir. Se débarrassant de l'Oedipe, la psychanalyse ne s'en trouverait-elle pas plus légère pour aborder la critique d'un inconscient propre à chaque société?

Synopsis du cours du 24/3/11 - D comme désir

A compléter